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Planète à vendre

Planète à vendre

Film d’Alexis Marant, 2010. Ce documentaire décrit le nouvel ordre agricole mondial qui se construit depuis la crise alimentaire de 2008 et qui fait primer la recherche de profit sur l’intérêt des peuples. Depuis quelques années les pays riches ou émergents investissent massivement dans l’agriculture des pays pauvres, d’une part pour garantir leur sécurité alimentaire, mais d’autre part et surtout pour satisfaire la soif de profit des investisseurs et des industriels. Ainsi, l’homme d’affaire indien Ram Karuturi, a bâti son empire de la rose en achetant de vastes parcelles de terre en Éthiopie et au Kénia, et les ressources qui permettraient de lutter localement contre la famine contribuent ainsi à fournir les fleurs des supermarchés européens. Karuturi se lance à présent dans l’agrobusiness en obtenant du gouvernement éthiopien une concession de 80 ans sur 300 000 hectares pour y planter du riz Basmati. Il envisage également d’acquérir un million d’hectares au Soudan, pour enfin contrôler le marché du riz. La contrepartie de ces acquisitions, ce sont les paysans et les éleveurs éthiopiens chassés de leurs terres ou qui n’ont plus accès à l’eau accaparée par les exploitations indiennes. Mais Karuturi est sur la même longueur d’onde que les dirigeants éthiopiens « L’état a besoin des investisseurs et les investisseurs ont besoin d’un bon état », leur souffle-t-il. Et de fait l’état lève le masque en révélant qu’il ne sert pas les intérêts de son peuple, mais celui des marchands et qu’il est prêt pour cela à brader le bien commun. Tel était également l’intention du gouvernement malgache, qui fin 2008 voulait céder 1,3 millions d’hectares au conglomérat sud-coréen Daewoo. Mais suite à la révélation par le journaliste du Financial Times Javier Blas de cet accord secret, le soulèvement populaire à Madagascar est parvenu à renverser le gouvernement et à faire annuler l’accord. Sur les autres continents, le « land Grabing » dénoncé par l’activiste Renée Vellvé se poursuit, comme en Amérique du sud, avec des entrepreneurs français font pousser leur maïs Monsanto en Argentine, ou leur soja transgénique en Uruguay au mépris de la bio-diversité. Et la société civile uruguayenne découvre avec effroi – mais un peu tard – le problème de « l’étrangéisation » de son sol, dont un tiers est accaparé par des investisseurs étrangers.
Au final, tous ces investissements ne résolvent pas le problème de la faim dans le monde, puisque les denrées alimentaires ne sont destinées qu’à ceux qui peuvent les payer. Par contre ils rendent les pays pauvres et leur population plus dépendants des exportations et donc du marché globalisé, ils provoquent un exode rural planétaire massif avec les phénomène de paupérisation et de déculturation qui l’accompagne, ils soumettent des millions d’hectares de terres arables aux méfais de l’agriculture productivistes et à la contamination OGM.
Cette nouvelle forme de colonialisme ne repose plus uniquement sur une exploitation du sud par le nord. L’échange inégalitaire concerne également les relations sud / sud. L’Inde, la Chine, l’Arabie Saoudite convoite les terres africaines tout comme les puissance occidentales. Telle est la véritable nature de « l’Empire ». L’empire n’est pas « américain », ou « anglais » ou « juif » ou « chinois » ou « indien », l’empire est ce nouvel ordre marchand qui déploie sa logique destructrice.


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