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Piratas

Documentaire de Juan Falque réalisé en 2011 qui révèle les causes de la piraterie somalienne et les exactions des compagnies occidentales. Non seulement les sociétés étrangères pillent les ressources des eaux souveraines de la Somalie, mais, avec la complicité et le silence des gouvernements, elles y déversent leurs déchets toxiques et radioactifs, détruisant l'écosystème et l'environnement et provoquant la misère et le désespoir des populations locales. Dès lors, la question se pose : qui sont les « pirates », qui sont les véritables « criminels ».


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Intrépides... Aventuriers... Séducteurs... Romantiques... Et aussi un peu voyous. Les histoires de pirates nous ont toujours captivés en littérature, au cinéma et à la télévision. La piraterie est aussi ancienne que l'art de la navigation. Mais...qu'est-ce qu'un pirate ? Le pirate est un bandit qui se consacre au vol et au pillage maritimes. Il s'approprie tout ce qui ne lui appartient pas en étant fortement armé et en dehors des lois. Dans certaines occasions, ils comptent sur la protection d'un État ou d'une nation et ils agissent en leur nom, munis de ce qu'on appelait avant une "lettre de marque". Dans ces cas-là, on les nommait "Corsaires".
"Les pirates de Somalie ont amplifié leur champ d'action" "Ce sont deux des pirates" "L'armée a essayé de capturer les pirates" "Finalement la frégate Canarias atteint l'esquif et capture les deux pirates" "Quelques 60 pirates se partageront le butin de 2 millions cinq cent mille euros" "Il y a eu des coups de feu sur le 'Inters-Uno-Dos", repoussant les pirates" "Il y a 63 pirates à bord en ce moment" "La trentaine de pirates est armée, ils boivent de l'alcool et son très agressifs" "L'enfer de Somalie". Dans l'actualité, la piraterie en Somalie monopolise les médias. Mais...est-ce que cette piraterie existe? En quoi consiste-t-elle? Et...qui sont vraiment les pirates? Pour le savoir, il faut remonter jusqu'aux origines...
La Somalie a été colonisée par l'Italie et l'Angleterre. L'indépendance est gagnée en 1960 mais le gouvernement démocratique durera à peine 9 ans. En 1969, le dictateur Mohamed Siad Barré lance un coup d'État et prend le pouvoir. Il y parvient avec un soutien inconditionnel de la part des États-Unis. Et pas gratuitement : grâce à cet appui, les principales compagnies pétrolifères américaines obtiennent des contrats importants pour exploiter le pétrole du pays. Située sur la corne de l'Afrique, la Somalie occupe une position géostratégique fondamentale pour les routes de transport maritime qui unissent l'Europe et l'Asie. Plus de 20 000 cargos traversent chaque année ses côtes par le Golfe d'Aden, transportant plus de 10% du commerce mondial et dans ce coin, transite également un grande partie du pétrole extrait dans le Moyen-Orient. Depuis longtemps, les nations régionales et les puissances étrangères se disputent les côtes somaliennes comme point stratégique pour les routes de transport maritime. Le mandat militaire de Siad Barré se prolonge jusqu'en 1988 quand le Mouvement National Somalien se rebelle contre sa dictature. Le soulèvement donne lieu à une sanglante guerre civile qui dure jusqu'en 1991, année durant laquelle Siad Barré est obligé d'abandonner le pouvoir et de fuir le pays. Mais son départ n'apporte pas la paix. Devant le vide du pouvoir, plusieurs clans s'affrontent entre eux pour contrôler le pays. Ce qui a rendu impossible l'existence d'un gouvernement stable jusqu'à maintenant.
La guerre civile a eu des conséquences dévastatrices pour la population somalienne. Plus de 300 000 morts. Un million et demi de Somaliens ont fui le pays et une terrible famine qui affecte le pays aggravée par une tenace sècheresse. Aujourd'hui, un gouvernement fragile peut à peine prétendre au contrôle de la capitale. Les affrontements entre les différentes factions sont constants. la violence, le chaos et l'anarchie règnent dans les rues de Somalie qui est considéré le pays le plus dangereux au monde. Profitant de cette situation chaotique sans contrôle ni gouvernement une multitude de bateaux de pêches, en provenance de divers pays, commencent à pêcher sans aucune licence dans les eaux situées face à la Somalie, y compris dans ses eaux territoriales. Ces bateaux, provenant des États-Unis, d'Asie et de l'Union Européenne, pratiquent une type de pêche nommée : I.U.U Pêche illégale, non déclarée, non régulée. Son activité incessante et hors de contrôle qui utilise des méthodes interdites dans d'autres régions de la planète, est en train d'épuiser les réserves de pêche d'un pays qui manque d'autorité et de moyens pour protéger ses côtes. Actuellement, plus de 800 bateaux de différents pays pêchent dans cette zone. On estime que les revenus annuels générés par la pêche illégale s'élèvent à plus de 450 millions de dollars. La pêche au thon connaît une croissance vertigineuse et insoutenable les dix dernières années. Rien qu'à elle, la flotte de la pêche au thon, composée essentiellement de l'Espagne, avec 60 % des captures et de la France, avec 40 %, capture en Somalie quelques 500 000 tonnes de thon par an. Les flottes de pêche des grandes puissances, l'Union Européenne en tête, contribuent ainsi à appauvrir une des régions déjà les plus misérables du monde. Elles dérobent la principale source de protéine de sa population et en finissent avec le mode de vie et de nourriture des pêcheurs locaux. De cette manière, on condamne sans recours possible un pays fragile qui agonise et qui meurt de faim.
Depuis 1990, la communauté somalienne n'a pas cessé de protester à l'ONU et à divers organismes internationaux. Ses plaintes n'ont jamais été ni écoutées ni prises en compte. La mission de surveillance pour la Somalie des Nations Unies a également constaté les faits et a donné l'alerte, dans ses rapports, au sujet d'une déprédation systématique de la zone, menée par les flottes de pêches étrangères. L'ONU n'écoute pas non plus ses propres contrôleurs et n'a absolument rien fait jusqu'ici pour freiner le pillage. Mais le cauchemar ne s'arrête pas là. Depuis la chute du gouvernement en 1991, d'autres bateaux commencent à leur tour à apparaître près des côtes somaliennes. Leur activité est plus mystérieuse. Ces bateaux pénètrent les eaux territoriales du pays, déversent des barils à la mer et s'en vont. Cette activité suspecte alarme les pêcheurs somaliens. Ces derniers tentent de dissuader les cargos d'effectuer leurs déversements. Mais sans succès. Ces déversements continueront durant 14 années. Le contenu de ces barils reste un mystère jusqu'à la fin 2004, année où un terrible tsunami dévaste le sud-est asiatique. Quand la vague du Tsunami atteint la Somalie, des centaines de barils sont emportés jusqu'à la côte. Ces barils se brisent. il y a des fuites. Le contenu remonte à la surface et termine sur les plages. Les habitants de la zone commencent à tomber malades. Infections des voies respiratoires. Hémorragies intestinales, étranges réactions chimiques sur la peau et plus de 300 morts soudaines alarment la population. Au bout d'un moment, on observe des naissances avec malformations, et différentes maladies. Nick Nutall, porte-voix du programme de l'Environnement des Nations-Unies, explique que quand les récipients ont été brisés par la force des vagues les barils ont révélé une terrifiante activité: "La Somalie est utilisée comme décharge pour des déchets dangereux depuis le début des années 90, et ceci a continué avec la guerre civile. Les poubelles sont de plusieurs types: il y a des déchets radioactifs d'uranium, principalement, et aussi des métaux lourds comme le cadmium et le mercure. Il y a aussi des déchets industriels, hospitaliers, des substances chimiques et tout ce qu'on veut bien nommer. Le plus alarmant c'est qu'ici on décharge des déchets nucléaires. Ces déchets nucléaires tuent potentiellement les somaliens et détruit totalement l'océan.". Ahmedou Ould Abdallah représentant spécial de l'ONU en Somalie a déclaré à Al-Jazeera que les déchargements de déchets toxiques ont toujours lieu actuellement. Le diplomate a affirmé qu'il possède des informations dignes de foi indiquant que ce sont des corporations européennes et asiatiques qui déchargent des produits chimiques et des déchets nucléaires sur les côtes de la Somalie. Oui, les Nations-Unies ont envoyé leurs mandataires pour constater la catastrophe. Et comme si de rien n'était, le chapitre a été clos. Pour le moment, aucun procès n'a eu lieu,... ni aucune détention ou condamnation pour actes criminels. Et ceci n'a pas seulement lieu en Somalie. Les eaux d'autres pays africains comme la Côte d'Ivoire, le Niger, le Congo ou le Bénin sont également utilisées comme des décharges toxiques par les pays industrialisés. Seulement en 2001, ont été abandonnées en Afrique 600 000 tonnes de déchets toxiques. Le continent africain s'est converti en décharge pour les déchets radioactifs générés par les pays riches. Un pays dévasté qui meurt de faim. Les pays riches se précipitent leur arracher leur pêche et en même temps contaminer leurs eaux avec des poubelles toxiques et radioactives.
C'est dans ce contexte que sont apparus les hommes que certains médias ont nommé "pirates". Face à cette situation d'absence absolue de défense certains pêcheurs réagissent de façon désespérée. Ils commencent à s'allier à de petits groupes armés et en utilisant des chaloupes rapides ils tentent de faire fuir les bateaux de pêche étrangers et de dissuader les bateaux qui déchargent leurs déchets dans leurs eaux. "Il y a très longtemps nous pêchions beaucoup... suffisamment pour manger y vendre sur le marché. Mais ensuite, les bateaux étrangers de pêche illégale sont arrivés ceux qui souvent versent leurs produits toxiques que ravagent les réserves de pêche. Je n'ai pas d"autre choix." Eux-mêmes se font appeler les "Garde-côtes Volontaires de Somalie" et peuvent compter sur un appui total de la population locale. selon une enquête, 70 % de la population somalienne soutient fortement cette activité comme un moyen de défense des eaux territoriales du pays. Un de leurs leaders, Sugule Alí, a expliqué ses motivations: "Mettre un point final à la pêche illégale et les déchargements dans nos eaux. Nous ne nous considérons pas comme des bandits de la mer. Nous considérons que les bandits de la mer sont ceux qui pêchent illégalement et jettent leurs poubelles." Mais initialement personne ne les prend au sérieux. Les flottes de pêche étrangères continuent à voler impunément et les déchargements toxiques continuent. Et comme tout ceci a lieu dans un pays infesté par les armes et divisé en bandes rivales, à ces pêcheurs s'unissent bientôt des ex combattants et ils finissent par se transformer en des groupes fortement armés. Ils pressentent une affaire juteuse dans la capture de ces bateaux et l'exigence d'une rançon. Quand ils commencent à retenir des bateaux la zone se vide peu à peu et les flottes étrangères viennent moins fréquement. Les grandes puissances voient à présent leur commerce de pêche lucratif menacé et se voient privées de leur particulière et très économique décharge de déchets toxiques et radioactifs. L'ONU, qui a systématiquement ignoré les plaintes somaliennes, écoute maintenant les pays affectés par ces actions. L'Espagne et la France, pays avec d'importantes flottes de pêche dans la région, sont à la tête de la demande d'une réaction militaire conjointe.
C'est ainsi que naît l'Opération Atalanta. La mission dispose au départ de 8 navires de guerre, de bateaux de ravitaillement et d'avions de reconnaissance et de surveillance. Après l'échec initial de l'opération, on allonge sa durée et ses effectifs, avec plus de 20 navires et 1 800 militaires. Le coût de l'opération estimé par le gouvernement espagnol atteint plus de 6 millions d'euros mensuels. Le coût de la sécurité privée des thoniers de Gallice et du pays Basque atteint un demi-million d'euros par mois. Le gouvernement espagnol prend en charge la moitié de ces dépenses utilisant les Budgets Généraux de l'État. Rappelons-nous la définition de pirate : Ils volent en mer, s'appropriant ce qui ne leur appartient pas. Ils agissent en étant fortement armés. Et dans certaines occasions ils peuvent compter sur la protection d'un État ou d'une nation. Mais...pourquoi ces flottes pêchent-elles là-bas? Ne pourraient-elles pas le faire dans leurs eaux territoriales ? Et dans leurs océans ? Non. Et la cause de tout cela est terrible. Il n'y a plus rien à pêcher. Ils ont dévasté et ruiné leurs profondeurs maritimes. Les pays riches ont exterminé la vie marine de leurs propres océans. Les systèmes de pêche des pays capitalistes se sont industrialisés. Les écosystèmes marins sont exploités jusqu'à leurs limites afin de maximiser les bénéfices. On détruit la capacité de régénération des espèces marines, la chaîne alimentaire se brise et les espèces disparaissent. Selon Greenpeace International au moins un quart des créatures marines capturées sont rejetées dans la mer, mortes. Baleines, dauphins,... albatros,... tortues. C'est ce que l'industrie de pêche nomme avec légèreté des captures accessoires. Depuis les mers du Nord jusqu'au Golfe de Gascogne et la Méditerranée l'habitat de la majorité des espèces a été épuisé et détruit. Le professeur d'Histoire des pensées politiques, José Carlos García Fajardo, affirme: "C'est pour cela que nos flottes européennes sont parties à le recherche des riches fonds de l'Afrique, de l'Amérique Latine et de l'Asie. Dans beaucoup de pays, ils se sont servis de gouvernements sans scrupules, du manque de moyens pour défendre la pêche dans leurs eaux territoriales ou de fausses entreprises mixtes créées pour ruiner leurs richesses.".
En 2006, en essayant de protéger ses ressources naturelles, Le Sénégal cesse de rénover ses accords de pêche avec les pays de l'Union Européenne. Mais il semble impossible de stopper les flottes de pêche capitalistes. Elles se moquent des lois en créant des entreprises mixtes en achetant des permis à d'autres pays et en brandissant des pavillons de complaisance. Actuellement, grâce à Internet, on peut acheter un pavillon de complaisance en quelques minutes et pour moins de 500 euros. Au Sénégal, les bateaux de pêche ont cessé d'être utilisés pour leur usage originel et servent maintenant à transporter des immigrants à la recherche d'un futur meilleur dans les pays européens. Paradoxalement, dans ces mêmes pays qui leur ont volé leur futur. En Somalie, les bateaux ne sont plus utilisés pour la pêche et servent maintenant pour la piraterie. La Conférence Mondiale des Océans a décrété que 75 % des bancs de pêche mondiaux avaient disparu. La FAO a aussi donné l'alerte à propos des 80% fonds marins mondiaux qui sont surexploités et des 30 % des espèces marines qui se trouvent en dessous de la limite biologique de sécurité. Avec ces facteurs, plusieurs études scientifiques ont calculé qu'en 2048 toutes les ressources de pêche de la planète auront été épuisées.